Paraboles Custom

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Descriptif et processus

Le projet consiste à décorer les antennes paraboliques des habitants des quartiers nord de Bourges. Le motif décoratif est choisi par les habitants d'après un élément ornemental présent dans leur appartement. Les motifs peuvent provenir de vaisselle, de tapis, de rideaux, de divers tissus d'ameublement, de papiers-peints, de bibelots, ou aussi de bijoux, de vêtements, de broderies...

Le travail s'élabore en étapes successives : Trouver des gens intéressés, choix du motif, dessin (interprétation du motif et choix des couleurs), présentation des différentes versions pour un 2eme choix de l'habitant, découpe de l'adhésif par un artisan, pose du motif. L'ensemble de l'opération est gratuite pour les habitants, puisqu'elle est financée par des fonds publics.

Enjeux

Les axes de lecture du travail sont nombreux, se croisent et se complexifient dès lors qu'on prend le contexte de l'intervention en considération. En voici quelques-uns:

• Ornementation : simple décoration, embellissement du quartier (urbanisme) et élément de réponse au problème esthétique que pose les paraboles aux pouvoirs publics.

• Axe lié à l'objet parabole, ce qu'il cristallise du déracinement, de la peur de non-intégration, de signe de replis sur soi (télé + obstruction des fenêtres), bien que tout cela ne soit que des clichés.

• Emblématique : selon les cas, les habitants chargent le motif de sens, le motif tend vers l'emblème, personnel, communautaire, ou les deux. Il devient un signe de fierté.

• Idéologique : Le capitalisme (notre système idéologique) fait de nous des individus. Customiser, personnaliser des objets industriels standard affirme la qualité de la personne contre celle de l'individu.

• Sociale : Faire état publiquement de la spécificité, de la singularité, de la richesse culturelle des habitants du quartier, de leurs points communs.

• Politique :, Donner un accès à la publicité aux personnes et à ce qui les constitue. Créer une visibilité dans l'espace public, collectif, donc politique.

• Culturel : les différentes traditions décoratives qui ressurgissent sont anciennes et comportent de nombreux points communs liés à leur histoire. Le décoratif appartient aussi aux cultures populaires, l'intervention en donne une image.

• Esthétique : L'architecture des quartiers d'HLM (moderniste) ne comporte aucun ornement. Le décoratif s'associe à l'idée de richesse et de sophistication dans la majorité des cultures dont les habitants du quartier sont issus. Postmodernisme.

• Économie symbolique : partage de la valeur symbolique de l'art avec des gens n'appartenant pas à l'élite.

• Autres axes liés à des problématiques telles que le passage de l'espace privé à l'espace public, du féminin au masculin (et vice versa), tradition/modernité, réception/ diffusion, dimension picturale du projet (portrait/paysage), représentation du monde, fonction sociale de l'artiste, beauté du geste, etc...

 

Bref historique

Le projet d'intervenir sur les antennes est né en mai 2003, suite au refus d'un premier projet inadapté à la loi française. Il a alors fallu convaincre les pouvoirs publics, financeurs du projet et ne pas froisser leurs partenaires, les bailleurs notamment (OPHLM). Après des difficultés notables, le projet a été accepté grâce à Bandits-Mages et à certains fonctionnaires du contrat de ville.

A mon arrivée à Bourges je me suis installé. Après une période d'adaptation, j'ai entamé les démarches pour trouver des gens intéressés. J'ai commencé par contacter les associations locales, puis le journal de quartier et la radio associative, puis par afficher dans les halls (250 affiches), puis par tracter et discuter sur le marché. Au jour d'aujourd'hui, le bilan est maigre puisque seules 8 antennes ont été décorées.

 

Difficultés

Ce petit nombre est le résultat d'une série de blocages:

• Blocages personnels : Étant artiste et non commercial, je suis assez mauvais pour persuader les gens, pour les aborder de manière avenante. Il m'aurait fallu constituer une équipe, engager quelqu'un qui soit du quartier pour faire un travail pour lequel je ne suis pas efficace.

• Blocages non-personnels : Il est difficile dans ce quartier de mobiliser les gens, si partout on m'a reçu cordialement et même souvent avec enthousiasme, je n'ai reçu que très peu d'aide significative. On peut parler d'une inertie généralisée, d'un rapport au temps différent (les gens travaillent, ont leur vie de famille), de timidité, de méfiance face à l'anormalité de la démarche. Il faut aussi évoquer une certaine méfiance due à ma proximité avec les pouvoirs publics qui me financent: certains habitants m'ont soupçonné de les dénoncer aux services de la redevance ou à l'OPHLM à qui il faut déclarer les antennes (ce que très peu de gens font).
Il m'apparaît aussi qu'investir l'espace public, est loin d'aller de soit ou d'être naturel pour la majorité des gens. S'exposer au regard des autres, alors que la peur nous gouverne, c'est prendre un risque inutile dans un espace extérieur qui reste perçu comme menaçant, à tort ou à raison.
C'est aussi, tout simplement, que le sentiment de collectivité est faible dans ce quartier, autant qu'ailleurs.

Au final, la meilleure façon de trouver des gens intéressés a été le bouche à oreille, les autres moyens de communication se sont révélés inefficaces.

Les huit décorations réalisées à ce jour ont toute remporté un francs succès auprès des intéressés, les gens sont tous très contents et c'est pour moi à chaque intervention, un vrai plaisir de faire ce travail.